Flash info
Flash Info :

Présidence de la Chambre de commerce : Kadhafi pour la réconciliation du monde des affaires

28/11/2016
00:00

Mahamadi Savadogo dit Kadhafi fait partie des 3 candidats déclarés pour la présidence de la Chambre de commerce. Et sa candidature est soutenue par l’Alliance pour le renouveau consulaire. Celui qui est le patron du groupe SMAF nous dévoile dans cette interview ses ambitions pour la chambre de commerce et surtout sa volonté de réconcilier le monde des affaires avec lui-même.

Notre Temps: Pouvez-vous revenir sur votre parcours en tant que commerçant, en tant qu’opérateur économique?

Mahamadi Savadogo dit Kadhafi: Je me nomme Mahamadi Savadogo et je suis plus connu sous le nom de Kadhafi parce que j'ai fait un séjour estudiantin en Lybie. De là, Je suis rentré et j'ai commencé le commerce avec mon défunt père (Paix à son âme!) qui était connu dans la région. Il était dans le commerce de marchandises diverses. A la base, il était transporteur et vendeur de kolas. Moi, j'étais son agent. C’est ainsi que j'ai commencé mon parcours. Je suis devenu, par la suite, son responsable commercial. Mais, j'ai demandé à me détacher de la cellule familiale pour m'installer à Bobo- Dioulasso afin de voler de mes propres ailes dans les années 1981- 1982.

C'est dans le commerce que j'ai commencé à Bobo. Le papa était dans le transport de kola, de sucre, de riz; en un mot, le commerce général. Mon travail consistait à convoyer ses marchandises vers Ouahigouya où il était installé dans le marché de kola. J’ai commencé mes activités avec des amis. A l'époque nous partions à Lagos pour acheter les pièces détachées de cyclomoteurs. A un moment donné, nous nous sommes rendu compte que Lagos ne nous offrait plus assez d'opportunités. Nous avons connu d’autres fournisseurs et nous avons mis le cap sur la France avec une des sociétés du groupe CFAO qui ne faisait exclusivement que des pièces de marque PEUGEOT. Il y a eu ensuite le Maroc et beaucoup d'autres usines de pièces détachées de par le monde. A un moment donné, nous nous sommes tournés vers l'Asie. Nous avons été l'un des premiers Burkinabè à franchir le cap de l'Europe à la recherche de pièces détachées. Nous étions en partenariat avec des Taïwanais, des Vietnamiens, etc. Par la suite, avec l'évolution, nous avons introduit d'autres produits qui sont devenus des produits de grande consommation, des produits pour les paysans: des lampes-torches, des chaussures, des sandalettes, des radios que l'on appelait radios-oiseaux. C’était tous des produits chinois parce qu'à l'époque la Chine était encore fermée et n'avait pas d'exportation directe. Tous les produits transitaient par Hong Kong où nous avions des partenaires. Nous nous y rendions et eux, ils avaient des partenaires en Chine qui transportaient les marchandises dans de petits bateaux. C'est là que le fret s'organisait jusqu'à l'ouverture de marchés. C'était dans les années 1996-1998. La caisse de péréquation n'avait plus le monopole d’exportation de riz, du sucre. Donc on est rentré dans les produits de grande consommation. Nous avions des sociétés de transport qui étaient des appuis pour pouvoir acheminer les marchandises. Nous avons été transporteurs de Shell dans le temps, puis avec la privatisation, nous avons été des actionnaires de Shell. C’est comme cela que nous est venue l'envie d'être pétrolier; nous avons créé notre propre structure qui est Pétrofa. Ensuite, à force de construire, ici et dans la sous-région, des bâtiments qui nous sont propres, cela nous a donné l’idée d'avoir une société de construction d’où ATP qui réalise des constructions de bâtiments et de routes. Voilà comment on peut résumer notre parcours dans le commerce.

Aujourd'hui, si vous devez faire le bilan en termes de chiffres d'affaires et d'emploi, que pouvez-vous dire à propos du groupe SMAF?

De façon générale, nous sommes dans tous les domaines et représentés dans plusieurs pays de la sous-région à savoir la Côte d'Ivoire, le Mali, le Niger, le Togo, que ce soit dans l'immobilier, dans la construction ou simplement dans le commerce. Aujourd'hui, le groupe emploie à peu près 600 employés dans toute la sous-région. En termes de chiffre d'affaires, nous sommes à près de 80 milliards de FCFA. Je dirai que la particularité du groupe est son origine. Nous avons créé nous-mêmes nos sociétés. Avec la structure du papa où nous avions la possibilité de rester et d'évoluer, nous avions cru bon de nous démarquer et c'était un acte de courage, une volonté de réussir par nous-mêmes, de développer nos propres idées.

Quelles sont vos ambitions pour la Chambre de commerce?

Nous avons de l’expérience. Nous avons été les premiers de notre génération à traverser les continents. Nous avons une riche expérience que nous pensons partager avec les autres, en particulier avec les jeunes et les femmes qui évoluent dans le monde des affaires. Dans notre parcours, nous avons été appelé à entreprendre dans plusieurs associations. Avec le recul, nous nous sommes rendu compte que la plupart des acteurs qui militaient dans les associations avec nous ont pu quitter l’informel pour le formel; donc quitter du petit au grand. C’est une leçon collective et c’est de cela qu’il s’agit. Aujourd’hui nous pensons le faire plus amplement en étant à la Chambre de commerce.

Votre candidature est soutenue par l’Alliance pour le renouveau consulaire (ARC) qui est une recomposition du CERCLE avec d’autres structures économiques. Mais vos challengers estiment que ce n’est pas un renouveau, que vous êtes des anciens opérateurs économiques du clan Compaoré qui est parti. Que répondez-vous à tout cela.

Cela me fait rigoler. Pourquoi une alliance aujourd’hui? C’est simple, comme je le disais tantôt, de nos jours, jamais plus personne ne sera suffisamment fort pour imposer son diktat aux autres. Il faut le rassemblement. Nous sommes dans cette logique. Et c’est pour cela qu’au niveau du CERCLE, nous nous sommes rassemblés pour trouver la stratégie à mettre en place. Nous avons pris contact avec les différents associations et syndicats en leur disant qu’il faut que nous réunissions nos forces pour aller aux élections, que nous définissions une vision commune pour demain. Les uns et les autres ont donné leurs avis et avec ceux qui ont accepté notre démarche, nous nous sommes retrouvés pour créer l’Alliance. Voilà comment nous en sommes arrivés là. Il fallait avoir une union pour parler le même langage. C’est une vingtaine d’associations qui comptent des centaines voire des milliers de membres. Ce sont tous des entrepreneurs qui ont chacun le droit de présenter sa candidature. Mais étant donné que nous nous sommes réunis, nous avons pensé qu’il fallait parler d’une seule voix en présentant un seul candidat. Il y a eu des tractations, des votes pour arriver au choix de ma modeste personne. On a procédé à l’installation le 17 novembre dernier; je crois que cela a suscité le tollé alors que ce n’est que l’aboutissement d’un processus.

Justement à ce propos, on dit que vous avez convoqué les élus consulaires en leur faisant croire qu’il s’agissait de la chambre de commerce et vous les avez fait inscrire sur des listes pour dire qu’ils sont avec l’Alliance. Que répondez-vous à cela?

Je dis que c’est une insulte à l’intelligence de ces honorables élus. Tous ceux qui ont été élus sont des gens respectables; ce sont des chefs d’entreprises qui savent ce qu’ils font. Je vous ai donné mon parcours tantôt. Malgré l’avantage que j’avais, j’ai décidé de créer ma propre entreprise. Je peux être riche ou ne pas l’être, mais je sais ce que je fais. L’intelligence, c’est la base pour un opérateur économiqueou un commerçant de façon générale. Sans cela, il ne peut pas gérer ses activités. Ce ne sont pas des gens que l’on peut tromper de cette façon. Quand on n’aime pas un lièvre, on ne veut pas voir sa queue. Nous avons vu que nous ne pourrions pas faire la majorité si nous nous étions présentés individuellement et quelle que soit la force de chacun, on a donc fait un élargissement. Pourquoi? Parce que nous savons qu’il doit y avoir des ramifications de part et d’autre dans tous les quatre points du Burkina. L’ARC a proposé certains candidats, les a soutenus jusqu’au bout. Ces candidats figurent dans le répertoire des candidats de l’ARC. C’est au soir des élections que la direction les a invités au Quartier général (QG) pour suivre le déroulement des résultats. Il était prévu que les candidats élus nous communiquent leur situation. C’est ainsi que nous sommes arrivés à faire le point qu’à l’étape suivante, il fallait que tout le monde converge vers Ouagadougou afin que nous puissions installer les candidats. Ils étaient bien informés depuis le début du processus. Les résultats ont été proclamés le mercredi soir. Est-ce que dès le jeudi, on pouvait faire venir quelqu’un ainsi en disant que c’est la Chambre de commerce qui le convoque? La Chambre elle-même ne le connait pas puisque ce n’est pas elle qui organise les élections. C’est une commission qui en est chargée.

Confirmez-vous donc que vous avez effectivement 117 élus consulaires?

Je dis et je le répète que les élus qui sont venus sont de l’ARC. Ils sont venus pour investir le candidat. L’investiture et les élections sont deux choses bien différentes. C’était le jour des élections qu’ils devaient savoir de quoi il était question. Ils sont libres de faire tout ce qu’ils veulent. Cela n’enlève rien au fait qu’ils soient venus pour installer le candidat de l’ARC. Et je suis confiant par rapport à l’issue de l’élection.

Si vous êtes élu, que seront vos premières mesures en tant que président de la Chambre de commerce?

Selon notre programme, le premier point que nous allons attaquer, c’est la réconciliation du monde des affaires avec lui-même. Dans les divisions et les querelles, on ne peut rien faire. Pour revenir à la question de mon appartenance au régime de Blaise Compaoré, une fois de plus, c’est ne pas connaitre le monde des affaires et comment il fonctionne. Un homme d’affaires n’a aucun clan politique en principe. Mais ceux qui le veulent ont le droit comme tout le monde de s’engager publiquement à créer son parti ou à exposer son appartenance à un partiou même présenter sa candidature pour des élections présidentielles. Mais de façon générale, l’homme d’affaires ne peut pas avoir un parti politique. L’homme d’affaires évolue en fonction du moment. On ne peut donc pas dire aujourd’hui que tous les opérateurs économiques sont des gens de Blaise. Sur quelle base le sont-ils? Parce que Blaise était président pendant 27 ans? Il était le président de tous les Burkinabè et pas seulement des hommes d’affaires. Dire que nous sommes de l’ancien régime, c’est faux! Je vous ai donné mon parcours; mais au regard du niveau auquel je suis parvenu, on peut dire que je côtoie des hommes politiques et ça, c’est tout à fait normal. C’est le niveau des affaires qui m’amène là. La seule chose que l’on ne peut pas m’enlever, c’est le réseau de commerce que j’ai parce que je ne fais pas autre chose. J’ai commencé bien avant l’arrivée de Blaise, il y avait des autorités en ce temps. Je voudrais finir en disant quec’est un jeu démocratique et rien d’autre où tous ceux qui ont un programme viennent pour le présenter afin d’être élus. Ce sont les 148 élus qui doivent voter le président de la Chambre de commerce. Je m’adresse également à eux et je souhaite qu’ils fassent le bon choix parce que l’économie a beaucoup souffert au Burkina. Il faut un changement qui va apporter un souffle nouveau afin de nous permettre d’affronter d’autres marchés. Vous savez que par rapport aux autres pays, le Burkina Faso n’a pas d’ouverture; on n’a pas de port, d’infrastructures, etc. Tout cela constitue un handicap. Si nous arrivons à la tête de la Chambre de commerce, nous pensons un tant soit peu améliorer le climat des affaires.

Par Dayang-ne-Wendé P. SILGA



601
Partager sur Facebook

Recherche






Inscrivez-vous à la Newsletter

Newsletter